Marc est manager dans une multinationale du secteur automobile. Son entreprise a récemment mis en place des actions de sensibilisation sur l’égalité professionnelle , dont une conférence sur la notion d’allié. Il ne s’attendait pas à ce que ces contenus le bousculent autant.
Il se considère comme quelqu’un d’ouvert et de bienveillant. Aussi, il souhaite que son équipe, majoritairement masculine, soit un environnement où chacun puisse contribuer et être respecté. Mais depuis ces formations, une idée le poursuit : celle d’être un allié vis‑à‑vis des femmes qui l’entourent, qu’elles soient des pairs ou des collaboratrices.
Et cette idée, plus qu’un concept, commence à le faire réfléchir autrement : « Je remarque aujourd’hui des choses que je ne voyais pas avant. Qui parle le plus. Qui est écouté. Qui est interrompu. Qui reste en retrait. » Il marque une pause. « Avant, j’aurais laissé passer. Maintenant, je me demande si je dois faire quelque chose ».
Quand vouloir bien faire devient une nouvelle injonction
Au fil de notre échange, un schéma apparaît. Chaque fois qu’il observe une situation qui l’interpelle — par exemple lorsqu’il voit sa collaboratrice junior peiner à faire entendre sa voix dans une réunion — Marc hésite. « Je me demande : est-ce que j’interviens ? Est-ce que je laisse la personne gérer ? Et si cela créait un malaise ?... Je réalise aussi que je ne suis pas seul. Beaucoup d’hommes autour de moi hésitent aussi. Comme s’il fallait être sûr de soi avant d’oser intervenir. »
Derrière cette hésitation se cache autre chose. Marc a l’habitude de savoir quoi faire. Il s’est construit dans un environnement qui valorise la fiabilité, la capacité à décider, le calme, la prise de responsabilité. Son équipe se tourne vers lui quand un problème surgit. Sa hiérarchie apprécie qu’il prenne les choses en main. Alors, face à des situations où il n’existe pas de réponse évidente, un inconfort apparaît.
Je lui demande : « Que se passe‑t‑il pour toi lorsque tu ne sais pas quelle est la bonne chose à faire ? » Il sourit. « Je crois que je n’aime pas beaucoup ça. ». « Qu’est‑ce que tu n’aimes pas ? » Il réfléchit : « Avoir l’air incertain. Me tromper. Ne pas savoir comment je suis censé me comporter. »
Passer du rôle de manager à la liberté de choisir
Nous explorons les comportements et les attentes qu’il a intégrés au fil du temps : être sûr de soi, avoir une réponse, éviter le malaise, prendre ses responsabilités, ne pas montrer de faiblesse. Ces attentes ne sont pas mauvaises en soi. Certaines l’ont même aidé à réussir.
Mais Marc entrevoit maintenant quelque chose qu’il n’avait jamais formulé : « Peut‑être que vouloir toujours être compétent m’empêche d’entrer dans des conversations que je ne maîtrise pas. » Je l’interroge : « Et si être un allié ne nécessitait pas de savoir exactement quoi dire ? »
Un long silence. Puis : « Je crois que je cherche la bonne réponse. Alors que je pourrais simplement être attentif, poser une question, écouter… et accepter de ne pas toujours faire parfaitement. »
De petits gestes, un impact différent
Nous explorons alors quelques situations où Marc peut expérimenter une autre manière d’agir : donner la parole à quelqu’un qui reste en retrait, questionner plutôt que supposer — au lieu de se dire « elle n’a rien dit, donc ça ne la dérange pas » — intervenir lorsque la dynamique se déséquilibre : une interruption, une plaisanterie lourde, un commentaire qui met en retrait.
Quelques semaines plus tard, il me raconte une réunion. Une collègue est interrompue à plusieurs reprises. Cette fois, il intervient simplement : « J’aimerais qu’on la laisse terminer son idée. » La réunion continue. Mais Marc remarque quelque chose. « Je n’avais pas l’impression de jouer au “parfait allié”. Je faisais juste ce qui me semblait juste à ce moment‑là. »
La réflexion sur « être un allié » amène Marc à voir son rôle autrement. Il n’a pas besoin d’avoir toutes les réponses, ni de savoir à l’avance quelle est la bonne manière d’agir. Il peut apprendre en chemin, accepter de se tromper et surtout, choisir d’agir plutôt que de laisser la peur de mal faire décider à sa place.
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Et vous, dans quelle situation attendez-vous peut-être d’être certain avant d’oser agir ? Et si on en parlait ensemble ?




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