Quand je rencontre Georges pour la première fois, il a cette posture que je reconnais immédiatement : le dos droit, le regard assuré, l’allure de quelqu’un qui a dirigé, décidé, assumé. Puis, une fois assis, quelque chose se relâche. « Je viens de fêter mes 63 ans, me confie-t-il. Dans deux ans, je serai à la retraite… et ça me terrorise ». Il le dit presque à voix basse, comme s’il avouait une faiblesse. Pourtant, ce n’en est pas une. C’est une lucidité.

Lors de cette première séance de coaching, je lui demande alors ce qui l’effraie exactement. Il parle de l’équipe qui compte sur lui, de la peur du vide, de la peur de ne plus servir à rien... Je le laisse dérouler, puis je précise : « Ce que vous vivez n’est pas une fin. C’est une transition. Et une transition, ça se prépare. » Il comprend alors qu’il n’est pas en train de perdre quelque chose, mais qu’il va devoir se redéfinir.

Trouver un sens à cette nouvelle vie

Au fil des séances, une inquiétude plus profonde apparait : non pas la peur de ne plus travailler, mais celle de ne plus savoir qui l’on est quand le travail s’arrête. Pendant quarante ans, Georges a avancé sans pause, porté par les responsabilités et les urgences. Il n’a jamais eu le luxe — ni peut‑être l’audace — de regarder sa vie autrement que par le prisme des résultats. La perspective de l’« après » s’ouvre à lui comme une page blanche un peu trop blanche.

Nous commençons alors à explorer ce qu’il laisse derrière lui. Je lui demande simplement : « Qu’est‑ce que votre métier vous a apporté, au‑delà du travail lui‑même ? » Il sourit, un peu surpris. Puis les mots viennent. Il aime transmettre, résoudre des problèmes complexes, faire avancer les autres... Ce jour‑là, il réalise que ce n’est pas son poste qu’il craint de perdre. C’est le sens.

À partir de là, quelque chose s’est ouvert. Nous cherchons ensemble comment ce sens peut continuer à vivre autrement. Il évoque le mentorat, l’engagement associatif, puis - presque timidement - une passion abandonnée depuis trente ans : la photographie. À mesure qu’il parle, un fil rouge se dessine : contribuer, transmettre, créer.

Ecrire une nouvelle page

Nous imaginons alors l’après. Pas un planning rigide, mais une vision : des matinées libres chaque semaine pour marcher, des après‑midis pour un projet associatif, un atelier photo le vendredi, des voyages courts mais réguliers. Et surtout : du temps pour lui et sa famille, pour respirer. Un jour en fin de séance, il s’arrête pensif : « Je crois que je commence à comprendre. Je ne quitte pas ma vie. J’en change la forme. » C’est exactement cela : il ne s’agit pas de tourner une page, mais d’en écrire une nouvelle.

Aujourd’hui, Georges n’est pas encore à la retraite. Mais il n’a plus peur. Il avance avec curiosité, envie et surtout avec une vision claire de ce qu’il veut vivre. La retraite n’est plus un gouffre. C’est un espace qu’il a appris à remplir avec ce qui compte vraiment pour lui. La retraite n’est pas un simple changement de rythme : c’est un changement d’identité. Comme Georges, chacun peut apprendre à dessiner son « après ». Parfois, il suffit d’un accompagnement pour que la transition devienne une renaissance.

Et vous, qu’êtes‑vous en train de dessiner comme avenir pour la suite de votre histoire ? C’est peut‑être le moment d’en parler ensemble et d’explorer ce qui fait sens pour vous.