Pour ce coaching, rendez-vous est pris avec Aïssatou, cheffe de projet d’une trentaine d’années, qui s’installe face à moi en soupirant : « Encore une fois cette fatigue qui revient, comme une vieille habitude... ». Immédiatement, elle déroule la liste de ses responsabilités. Les projets qui s’accumulent. Les sollicitations de dernière minute. Les réunions qu’elle accepte « pour rendre service ». Tout semble urgent, important et impossible à refuser.

Mais quelque chose m’interpelle : elle ne parle jamais d’elle, de ses besoins et de ce qu’elle voudrait vraiment. Je lui demande alors : « Quand tu dis oui à tout ça… à quoi dis-tu non ? ». Elle relève les yeux, surprise. Elle n’avait jamais envisagé la question ainsi.

Un épuisement au-delà de la charge de travail

Nous avançons pas à pas au fil des séances. Je l’invite à revisiter quelques situations où elle a dit oui alors qu’elle aurait voulu dire non. Elle en trouve trois. Puis cinq. Puis huit... À chaque fois, le même schéma apparaît :

  • elle ressent la demande comme urgente, même lorsqu’elle ne l’est pas ;
  • elle imagine aussitôt la déception, voire la colère de l’autre ;
  • elle relègue au second plan son propre besoin de temps ou de repos.

Je lui demande : « Que se passerait-il si tu disais non ? ». « Je décevrais. Je passerais pour quelqu’un de difficile. On compterait moins sur moi », dit-elle. Ses réponses sont automatiques, presque mécaniques. Elles ne viennent pas de l’adulte qu’elle est aujourd’hui, mais d’un endroit plus ancien.

Explorer la source de ce pilotage automatique

Je lui parle alors des « drivers » de l’analyse transactionnelle, ces injonctions intérieures qui orientent nos comportements sans que nous en soyons conscients. Aïssatou écoute attentivement, puis murmure : « J’ai l’impression que le mien, c’est… faire plaisir ».

Ce driver n’est pas une simple préférence relationnelle. C’est une stratégie de survie apprise tôt : être gentille, disponible pour maintenir l’harmonie et éviter le rejet. Nous explorons ensemble. Enfant, on la félicitait quand elle était douce, arrangeante. Sinon, on lui reprochait de compliquer les choses. Elle comprend que son épuisement est lié à cette injonction silencieuse.

Au cœur de la réflexion : un déplacement intérieur

Au cours de notre travail, nous revenons sur une situation récente où elle a accepté une tâche alors qu’elle était déjà débordée. Je lui demande de rejouer la scène en l’analysant. « Quand il t’a demandé de prendre ce dossier, qu’as-tu ressenti physiquement ? ». « Une tension dans la poitrine et un léger vertige », répond-elle. « Et qu’as-tu pensé ? ». « Je dois accepter sinon il va être déçu ».

Nous travaillons sur ce moment précis : celui où le driver prend le contrôle. Je lui propose d’imaginer appuyer sur “pause”, de respirer et de laisser émerger une autre voix, plus ajustée. Elle tente : « Je comprends ta demande… mais je ne pourrai pas cette semaine ». Elle rougit. « C’est bizarre. J’ai l’impression d’être égoïste ». Dire non pour quelqu’un piloté par Fais plaisir, n’est pas un acte anodin. C’est un acte de courage. À un moment, elle s’arrête et dit : « Je crois que j’ai confondu dire non et rejeter. Comme si dire non à une demande, c’était dire non à la personne ». C’est un tournant.

Prendre conscience, puis rééquilibrer son comportement

Nous terminons nos séances en identifiant trois micro-actions, simples mais structurantes, à mettre en place :

  • Prendre 10 secondes avant de répondre : respirer, vérifier son état, distinguer le réflexe du véritable choix.
  • Formuler un « non » nuancé : « Je ne peux pas maintenant, mais je regarderai plus tard », « Je préfère être honnête : je ne suis pas en capacité de le faire ».
  • Observer les « oui » automatiques : les noter, sans jugement, pour comprendre quand le driver s’active.

Aïssatou repart plus légère. Non pas parce que sa charge de travail a diminué, mais parce qu’elle a commencé à reprendre la main sur ce qui la gouvernait en silence. En franchissant la porte, elle dit doucement : « Je crois que je peux apprendre à me dire oui, à moi aussi ».

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Et vous, êtes-vous confronté à une surcharge de travail ou une sensation d’épuisement ? C’est peut-être le moment d’en discuter et d’explorer les raisons profondes de cette situation... pour trouver ensemble des solutions !