En cette rentrée de septembre, Virginie accueille un nouveau collègue dans son équipe. Sur le papier, c’est une bonne nouvelle : un renfort, une personne expérimentée, un nouveau regard. Mais elle ressent une appréhension. Ce nouveau collaborateur a quinze ans de plus qu’elle, une solide expérience et, d’après ce qu’elle sait, une personnalité plutôt affirmée. « J’ai peur qu’il ne me respecte pas », me dit-elle d’entrée. Puis viennent d’autres inquiétudes : « Que vais-je pouvoir lui apporter, moi ? Et si sa présence remettait en question ma légitimité dans l’équipe ? ».

Virginie a 37 ans. Elle est manager depuis quatre ans et ne doute pas de ses compétences. Mais l’écart d’âge semble réveiller quelque chose. Et puis il y a ce qu’elle traverse : son père est décédé juste avant l’été. Elle revient de vacances avec un deuil encore très présent. Au fil de notre séance de coaching, nous réalisons que l’enjeu n’est pas seulement l’arrivée de ce nouveau collaborateur. C’est la collision au même moment entre ces deux transitions : d’un côté, une transition professionnelle ; de l’autre, une transition beaucoup plus personnelle.

Quand l’âge devient une question de légitimité

Au cours de notre travail, nous explorons les craintes de Virginie. Je reviens notamment sur la question de sa légitimité. « Qu’est-ce qui te fait penser qu’il pourrait être plus légitime que toi ? » Elle évoque son âge, son expérience, les situations qu’il a probablement déjà vécues. Je lui pose alors une autre question : « Est-ce que, pour toi, être manager signifie forcément avoir plus d’expérience que les personnes que l’on manage ? » Elle réfléchit : « Non… Mais je crois que j’ai besoin de me sentir plus expérimentée pour me sentir légitime »

Je lui demande alors : « Qu’attends-tu d’un manager lorsque tu rejoins une équipe ? « De la clarté. De la confiance. Quelqu’un qui sait où il va. Quelqu’un qui écoute aussi », répond-elle. « As-tu besoin que cette personne soit plus âgée que toi ? ». « Non ». « As-tu besoin qu’elle soit meilleure que toi sur tous les sujets? ». « Non plus ». Elle sourit. Quelque chose se dénoue. Être manager ne signifie pas tout savoir, ni être la personne la plus expérimentée de l’équipe. La légitimité se construit dans la posture, la capacité à créer un cadre, à écouter, à décider, à permettre à chacun de contribuer. Virginie réalise alors qu’elle peut apporter quelque chose à ce futur collaborateur : une vision différente de l’entreprise, une autre manière de travailler, un regard neuf sur certains enjeux, et surtout un cadre managérial.

Accueillir l'autre sans se sentir menacée

Lors des séances suivantes, plutôt que de chercher comment faire pour que ce nouveau venu reconnaisse son autorité, nous réfléchissons à la relation qu’elle souhaite construire avec lui. « Quelle manager veux-tu être pour lui ? ». Cette question l’amène à préciser son intention : reconnaître son expérience sans en avoir peur, lui permettre de trouver sa place rapidement, être claire sur son rôle et ses attentes, lui donner de l’autonomie tout en restant attentive à la dynamique de l’équipe. Elle ne cherche plus à prouver qu’elle est légitime. Elle cherche à créer les conditions d’une relation professionnelle fondée sur la confiance. Et elle commence à envisager son expérience à lui, non plus comme une menace, mais comme une ressource à venir pour l’équipe.

Et puis il y a le deuil. Nous parlons de son père, de ce qu’elle ressent... Comment en parler au travail ? Elle comprend qu’elle peut choisir d’en parler ou non. À qui ? Comment ? Dans quelles limites ? Elle n’a pas à exposer sa vie privée pour être authentique, mais elle n’a pas non plus à faire comme si rien ne s’était passé. Et accepter que certaines journées soient plus difficiles que d’autres.

Une autre manière d’aborder la rentrée

Désormais, Virginie ne cherche plus à se rassurer en se répétant qu’elle est suffisamment expérimentée ou légitime. Elle sait désormais sur quoi elle peut agir : accueillir l’expérience de ce nouveau collaborateur sans se comparer à lui, poser un cadre clair et être attentive à son intégration dans l’équipe.

Elle n’a pas besoin d’être plus âgée que son collaborateur, ni d’avoir vécu les mêmes expériences. Elle a besoin d’assumer pleinement la place qui est la sienne. Cette arrivée sera peut-être aussi l’occasion de découvrir une nouvelle dimension de son rôle : ne plus chercher à être la meilleure, mais créer les conditions pour que chacun donne le meilleur de lui-même. 

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Et vous ? Vous est-il déjà arrivé d’être déstabilisé par l’intégration d’un nouveau collègue dans votre équipe ? Ou bien de vivre une transition professionnelle alors qu’une autre transition, plus personnelle, se jouait en même temps ?

Le coaching sert justement à traverser ces étapes dans les meilleures conditions, discutons-en ensemble.